Les perspectives globales


Notre réflexion plaide pour la fondation et la consolidation d’une pratique clinique qui soit validée non pas par le « soignant » mais par la parole du « soigné ».

Ainsi, nos publications – qui retracent ce cheminement – tentent d’explorer deux niveaux distincts et unifiés :
un niveau qui relève de la recherche (réhabilitation, (ré)émergence, (ré)invention, découverte,...) et un niveau qui touche à la pratique proprement dite (le thérapeutique questionné par le « malade » : refus/ rejet, adhésion/ appropriation,...)

La finalité ultime étant de pacifier la personne qui souffre, ces deux niveaux témoignent de la même Globalité : l’élaboration de Signifiants pacificateurs et leur mentalisation par cette personne.

 

Les signifiants pacificateurs sur lesquels porte notre réflexion présentent une singularité primordiale : ils permettent l’exaltation désaliénante des potentialités naturelles de la personne qui se retrouve ainsi réconfortée dans sa particularité et ressourcée dans son universalité.

La mobilisation de ces Signifiants ne se limite pas à des situations thérapeutiques. Elle doit aussi et surtout s’opérer dans des visées préventives et diagnostiques.

En effet, non seulement ces Signifiants peuvent parer aux effets néfastes des situations pathogènes, mais ils peuvent catalyser des élans de réciprocité pour fonder une authentique relation humaine.

 

Outre l’approche clinique, quels que soient les modèles théoriques qui la sous-tendent, la relation à l’autre peut être éclairée par différentes lectures : pédagogiques (maître/ élève/ enseignement), ethnologiques (médiation/ culture/ universalité), artistique (créateur/ œuvre/ sources d’inspiration),...

Grâce aux signifiants pacificateurs, l’enseignement acquiert du sens parce que le maître accepte que l’élève s’élève à la place du Sujet questionnant celui qui est supposé savoir. Le questionnement réciproque des cultures nous évite l’impasse du dénigrement fortuit et de l’idéalisation excessive, en créant des liens de sens entre ce qui nous est propre et ce qui nous est commun. Lorsque l’artiste ose s’aventurer aux frontières de la pensée et de la rêverie, du réel et de l’imaginaire, du terrain névrotique et de la sphère autistique,... son œuvre devient le support d’une projection éclairante ; chacun s’y reconnaît en s’appropriant la trace de son parcours.

Sens, liens de sens et trace relèvent donc d’une élaboration. Qu’il soit créé ou recréé, inventé ou réhabilité, un signifiant fondamental ne devient pacificateur que lorsqu’il est pensé et partagé. Si bien que la bonne santé mentale d’une société dépend de sa capacité à préserver un Pot d’Argile où ses membres viennent se ressourcer.

Aujourd’hui, ce Pot d’Argile est comme enseveli et certains Signifiants pacificateurs n’existent que par défaut. Pour les recréer sur le plan symbolique, il faut créer des réceptacles dans la réalité.